Le sgraffito, ou l'art de graver pour faire apparaître un dessin
Il y a des techniques où l'on ajoute. On pose de la couleur, on superpose, on corrige. Le sgraffito fonctionne à l'inverse : on enlève de la matière, et le dessin apparaît en creux.
Le principe tient en trois gestes. Sur une pièce en grès encore crue, je pose trois couches d'engobe — une terre liquide colorée, souvent noire chez moi. J'attends qu'elle sèche juste ce qu'il faut : plus assez humide, elle ne brille plus, pas encore assez sèche pour s'écailler. Puis je grave.
Sous la pointe, l'engobe s'enlève par petits copeaux et laisse voir la terre claire en dessous. Le motif ne se dessine pas : il se révèle.
Le moment où l'on ne peut plus revenir en arrière
C'est ce qui rend cette technique exigeante. Un trait mal placé ne s'efface pas. On ne peut pas remettre de l'engobe et recommencer : la surface garderait la trace du changement, et la cuisson la mettrait en évidence.
Il faut donc décider avant. Je grave d'un seul geste, sans hésiter, parce que l'hésitation se voit dans le trait — il devient tremblé, hachuré, il perd sa netteté.
Ce que le feu en fait
Après la gravure vient le séchage complet, puis une première cuisson autour de 980 °C. Le décor est là, en place, mais mat et terne — à ce stade une pièce en sgraffito n'a rien de spectaculaire.
C'est l'émail et la seconde cuisson, vers 1250 °C, qui révèlent le contraste. La glaçure transparente vient se poser dans les creux, épaissit légèrement le noir, et fait ressortir la terre claire là où j'ai gratté. Le motif prend enfin sa profondeur.
Pourquoi j'y reviens
Le sgraffito me convient parce qu'il correspond à ma façon de travailler. Je dessine depuis toujours, et cette technique me permet de dessiner directement sur la terre, sans passer par un transfert ni par un pochoir. Le trait est le mien, avec ses irrégularités.
Chaque pièce gravée au sgraffito est unique, non par principe commercial, mais parce qu'il serait impossible de refaire deux fois exactement le même trait à main levée.