Avant un marché : ce qu'il y a vraiment dans les cartons
Dans une semaine, mes pièces partent à Limoges. Voici à quoi ressemble la préparation d'un marché artisanal en Haute-Vienne, vue de l'atelier.
Choisir, c'est-à-dire renoncer
La première étape est la plus ingrate : décider ce qui part et ce qui reste.
On a toujours tendance à vouloir tout emporter. C'est une erreur. Un stand surchargé ne se lit pas — les gens passent devant sans rien voir, parce qu'il y a trop à regarder. Mieux vaut moins de pièces, mieux posées, avec de l'air entre elles.
Je pars donc sur un équilibre : quelques tasses de chaque collection, une poignée de petits personnages, les galets apaisants qui trouvent toujours preneur, et deux ou trois pièces plus ambitieuses — un bois flotté, une maison-lanterne — qui ne se vendront peut-être pas mais qui donnent le ton.
Ces pièces-là servent autant à montrer ce que je sais faire qu'à faire s'arrêter les gens.
Vérifier chaque pièce
Ensuite je reprends tout, une par une, à la lumière du jour.
Je regarde le dessous : le pied doit être lisse, sans aspérité qui rayerait une table. Je passe le doigt sur le bord, là où on pose les lèvres. Je vérifie qu'aucun émail n'a bullé, qu'aucune fissure ne court sous la glaçure.
Si une pièce ne passe pas ce contrôle, elle retourne sur l'étagère, ou au rebut. C'est frustrant à une semaine du départ, mais une pièce moyenne vendue coûte plus cher en réputation que la marge qu'elle rapporte.
Étiqueter
Chaque pièce reçoit son prix. Je le fais à l'avance, jamais sur place : le jour du marché, on n'a le temps de rien.
J'ai aussi préparé de petites cartes pour les gammes qui demandent une explication — le bouddha Jizô, les worry stones. Les gens lisent, et cela leur évite d'avoir à demander. Certains n'osent pas poser de questions ; le cartel leur laisse une porte d'entrée.
Emballer
Du papier de soie, du papier bulle pour les pièces fines, des cartons de taille moyenne — jamais de grands cartons, ils deviennent impossibles à porter.
Je note sur chaque carton ce qu'il contient. Cela paraît excessif jusqu'au moment où l'on cherche une tasse précise devant un client qui attend.
Le reste, qu'on oublie toujours
Ce n'est pas le plus glamour, mais c'est ce qui fait la différence entre une journée agréable et une journée pénible :
la nappe, repassée, parce qu'une nappe froissée se voit sur toutes les photos ;
les supports en bois et les cales qui donnent du relief au stand ;
la caisse avec de la monnaie — beaucoup de pièces, jamais assez ;
le lecteur de carte, chargé ;
les sacs et le papier d'emballage ;
les cartes de visite avec le QR code ;
un thermos, parce que les salles sont grandes et souvent fraîches ;
de quoi manger, parce qu'on ne quitte pas son stand.
Charger
Et là, immanquablement : c'est trop lourd.
Chaque fois je me dis que j'ai fait attention, et chaque fois la voiture est pleine. La céramique pèse — une caisse de vingt tasses fait son poids, et il en faut plusieurs.
Je charge donc la veille, tranquillement, plutôt que le matin dans la précipitation. C'est un conseil que je me donne à moi-même autant qu'à quiconque débute.
Ce qu'on emporte sans le savoir
Le plus important n'est pas dans les cartons.
Un marché, c'est huit heures debout à parler de son travail avec des gens qui n'y connaissent rien, et c'est précieux. On y apprend quelles pièces attirent, quelles questions reviennent, quels mots font sourire. La moitié de ce que je publie ici vient de conversations tenues derrière une table.
Alors on prépare les cartons, oui. Mais on se prépare surtout à écouter.
Retrouvez-moi cet hiver à la Fête des cadeaux, à la Galerie des métiers de la Chambre de Métiers à Limoges, du 12 novembre au 31 décembre, du mardi au samedi de 10h30 à 18h. Et au marché de Noël de Bosmie-l'Aiguille, salle Georges Bizet, le dimanche 13 décembre, de 9h à 18h.